bebe medicament

 

Cette technique permet aux parents d'avoir un enfant qui ne sera pas malade et qui pourra également guérir ses frères ou soeurs atteints d'une maladie génétique grave.

Après fécondation in vitro, une analyse génétique permet de sélectionner les embryons indemnes de la maladie héréditaire et compatibles avec le frère ou la soeur malade. Les embryons retenus sont ensuite transférés dans l'utérus de la mère. Le bébé ne sera pas atteint de la maladie héréditaire et le sang de son cordon ombilical pourra être utilisé comme "médicament" pour soigner son aîné.

Il aura fallu onze ans pour que la technique permettant la naissance de bébés médicaments soit appliquée pour la première fois en France.

C'est aux Etats Unis en 2000 que la première naissance d'un bébé médicament a lieu suivit en 2005 par la Belgique. En 2004, la loi bioéthique française autorise pourtant déjà la pratique. En 2008, l'Espagnol célèbre à son tour la première naissance d'un bébé médicament.

 

Le premier bébé médicament en France

rene frydmanLe gynécologue-obstétricien René Frydman, déjà habitué aux premières françaises puisqu'il est à l'origine de la naissance du premier bébé-éprouvette, Amandine en 1982 et de jumeaux nés d’ovocytes congelés, Keren et Jérémie en 2010, est également à l’origine de cette naissance très médiatisée. Mais plus d’une dizaine de personnes de l'hôpital Necker et de l'hôpital Antoine Béclère voient leur nom associé au travail dont Arnold Munnich, chef du département de génétique médicale de l'hôpital Necker-Enfants malades de Paris.

Le petit Umut-Talha, qui signifie "notre espoir" en turc, est né le 26 janvier 2011 à l'hôpital Antoine Béclère à Clamart. Le nourrisson en très bonne santé pèse 3,650kg. Il va permettre de soigner sa soeur aînée atteinte d'une maladie génétique grave la ß-thalassémie.

Cette maladie, qui déforme les chaînes protéiques de l’hémoglobine des globules rouges et qui perturbe donc l’oxygénation de l’organisme, est due à une mutation génétique.

Pour la grande sœur d’Umut-Talha, le remplacement des cellules malades se fait aujourd’hui grâce à des transfusions régulières d’un donneur sain. L’autre solution, apportée par le bébé-médicament, est une injection par intraveineuse de sang ombilical sain et compatible.

Le sang du cordon ombilical reliant Umut-Talha à sa mère, riche en cellules souches, a été recueilli. Ces cellules souches, qui donnent naissance aux cellules sanguines, pluripotentes et donc hématopoïétiques, seront conservées pour une greffe pour sa soeur. Ces cellules migreront spontanément vers la moelle osseuse pour remplacer celle de l’enfant malade.

Cette pratique, une première en France, reste très rare dans le monde même si les Etats-Unis y ont recours depuis une dizaine d'années. Elle est soumise dans l'Hexagone à l'accord de l'agence de biomédecine, qui délivre les autorisations au cas par cas. Le procédé ne fait pas l'unanimité.

 

Un procédé contesté

bebe medicament2Bien que saluée sur le plan technique, la prouesse de la naissance de ce bébé-médicament soulève des interrogations éthiques dans le monde médical, politique et religieux. Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, dénonce une instrumentalisation de la personne conçue simplement pour rendre service, pour être utilisée. Dans la même idée, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, s'est dit tout à fait opposé à cette technique car cela signifie qu'on va utiliser quelqu'un au service exclusif de quelqu'un d'autre.

René Frydman conteste l'aspect utilitaire que suggère l'expression bébé-médicament. Il a expliqué que les parents d'Umut-Thalat avaient  vant tout le souhait d'agrandir leur famille et qu'à l'issue de la fécondation in vitro, il y avait deux embryons, l'un compatible et l'autre pas. Le couple a demandé à ce que les deux embryons soient transférés parce que ce qu'ils voulaient avant tout c'était un autre enfant. Le hasard a voulu que seul l'embryon compatible se développe dans l'utérus.

Le recours aux greffes de sang issu du cordon ombilical est en constante augmentation en France. Il concerne principalement les personnes nécessitant des greffes de moelle osseuse (leucémique…), qui n’ont pas trouvé de donneur compatible au sein de leur famille ni parmi le registre des donneurs volontaires.

Le greffe de sang de cordon présente l’avantage de nécessiter une compatibilité moins parfaite entre le donneur et le receveur qu’une greffe de moelle osseuse.

Mais dans le cas de bébés-médicaments, deux points sont à vérifier selon un processus appelé double diagnostic génétique préimplantatoire (DPI), pour choisir les embryons obtenus par fécondation in vitro présentant un génome adapté:
- L'absence de la mutation génétique portée par sa sœur malade,
- La compatibilité de leur système HLA (Human Leukocyte Antigen).

D’un point de vue psychologique, l’enfant né d’un tel processus portera-t-il le poids de sa fonction ? La question reste ouverte. En tout cas il est certain qu'avec le bébé médicament nous sommes loin, très loin de l'eugénisme.

 

Pin It