affaire gregory 

 

 

Contexte de l’affaire Gregory Villemin

A partir du mois de septembre 1981, Albert Villemin, ouvrier de filature, et son épouse Monique Jacob, demeurant à Aumontzey dans les Vosges, leurs enfants Jacky, Jacqueline, Michel, Jean-Marie, et Gilbert, ainsi que les conjoints de ceux-ci et certains de leurs parents et alliés furent harcelés de centaines d'appels téléphoniques anonymes malveillants, parfois muets ou moqueurs, souvent insultants ou menaçants, qui tendaient, semble-t-il, à déstabiliser cette famille, à la diviser, à pousser son chef (Albert Villemin) à se détruire en lui rappelant que son père s'était suicidé et en annonçant des accidents imaginaires.

 

Affaire Gregory : Les appels téléphoniques du Corbeau

Au total on attribue au corbeau près de 800 appels anonymes visant les Villemin mais seulement quelques-uns ont pu être enregistrés et soumis à analyses.

Parmi les plus marquants :
Le 22 novembre 1981, Christine Villemin et Gregory sont à la maison quand elle reçoit vers 21h un appel téléphonique du corbeau qui l’insulte. Ce soir là, un carreau de la porte d’entrée de sa maison est cassé. Effrayée, Christine Villemin se réfugie avec Gregory chez une amie.

En avril 1982, Jean-Marie est à son tour menacé. Le corbeau revendique le carreau cassé mais aussi un pneu crevé de la voiture. Sur l’enregistrement, les experts identifie en arrière-plan le sifflement d’une machine et un battement régulier (150 coups par minute) qu’il pense être un métier à tisser.

En juillet 1982, à peine rentrés chez eux, Monique et Albert Villemin reçoivent un appel du corbeau leur demandant "Elle était bonne la balade ?", leur montrant ainsi qu’il les observait.

Le Corbeau semble farceur….et s’amuse de la situation. Un appel est accompagné de la musique "Chef, un petit verre, on a soif…".

Le 30 novembre 1982, les pompes funèbres reçoivent un appel qui leur annonce le faux décès d’Albert Villemin. Ils identifient la voix comme étant une voix de femme. Albert Villemin, choqué par cette blague de mauvais goût, dépose plainte le 1er décembre 1982, pour violence et voies de fait. Mais cela n’a pas d’incidence, le corbeau continu à harceler la famille Villemin.

Le 27 janvier 1983, le corbeau envoie une ambulance chez Albert et Monique Villemin.

Le 17 février 1983, deux médecins se présentent chez Jean Marie Villemin.

Le 3 mars 1983, de nouveau les pompes funèbres se rendent chez Albert Villemin avec une plaque funéraire.

Le 24 avril 1983, un long appel à Jean Marie Villemin dans lequel le corbeau le menace de s’en prendre à sa femme, de l’attendre à la sortie de Docelles et de la violer. Il dit qu’il se contentera de la tenir pendant que le "jeune", avec qui il est, la violera. Jean Marie feint d’être indifférent à ce qu’il pourrait faire à sa femme, alors le corbeau le menace de s’en prendre à son fils Gregory, Jean Marie sort de ses gonds en lui disant que s’il le touche il le tuera. Le corbeau a trouvé le point sensible de Jean Marie…
Dans cet appel, Jean Marie Villemin cite 4 noms de corbeaux potentiels en lui demandant s’il en fait partie : Roger Jacquel, Pascal Verdu, Serge Noël ou Marcel Jacob? Le corbeau répond "oui".

La police équipe la famille d’enregistreurs vocaux, mais le corbeau, bien renseigné, se fait plus prudent. C’est pour cette raison que le dernier appel aura lieu au travail de Jean Marie et non plus au domicile.

 

Message audio du corbeau

Les experts se contredisent… il est difficile de déterminer s’il s’agit d’un homme ou d’une femme et d’évaluer son âge. Les témoignages divergent… alors ils envisagent même plusieurs personnes. L’écoute des enregistrements n’apporte rien à l’affaire.

 

Message du Corbeau le 23 mars 1983 à Jean Marie Villemin
Suivi d’un court extrait entre le Corbeau et Liliane Villemin (femme de Jacky Villemin).

 

Monique Villemin tenait un cahier ou elle notait toute les manifestations du corbeau, Selon le mémoire de Maître Marie Christine Chastant-Morand, avocate de Christine et Jean Marie Villemin, le cahier de 96 pages sur lequel elle prenait ses notes n'en avait plus que 16 lorsqu'il a atterri au Tribunal.

 

Affaire Gregory : Les lettres du Corbeau

Au cours de l'année 1983, trois lettres anonymes, deux en caractères typographiques, une en écriture cursive hormis les 4 derniers mots, furent adressées à des membres de la famille Villemin.

La première, destinée à Christine et Jean-Marie Villemin (parents de Gregory), fut découverte le 4 mars 1983 dans les volets de sa maison des Villemin.

christine et jean marie villemin

Elle comporte une faute d’orthographe sur le nom de famille mais les enquêteurs n’excluront pas le fait que cette faute ait pu être commise volontairement pour détourner les soupçons d’un des membres de la famille.

 

gregory corbeau lettre

"Je vous ferez votre peau à la famille Villemain"

 

 

Les 2 autres furent respectivement postées de Bruyères  le 27 avril 1983 et le 17 mai 1983 et adressées aux époux Albert et Monique Villemin (Grands parents de Gregory)

 

Deuxième lettre du corbeau - 27 avril 1983 adressée à Monique et Albert Villemin (Grands parents de Gregory)

 

Lettre corbeau - Affaire Gregory

Lettre corbeau - Affaire Gregory

Si vous vouler que je m'arrête je vous propose une solution vous ne dever plus fréquenter le chef. Vous dever le considéré lui aussi comme un bâtard, le mettre entièrement de côté, par vous et ses frères et soeur. Si vous ne le faite pas, j'exécuterai mes menaces que j'ai fait au chef pour lui et sa petite famille. Jacky et sa petite famille a été assez mis de côté. Autour du chef d'être considérer comme un bâtard. Il se consolera avec son argent. A vous de choisir, la vie ou la mort.

 

Troisième lettre du corbeau - 17 ami1983 adressée à Monique et Albert Villemin (Grands parents de Gregory)

Lettre corbeau affaire gregory

Lettre corbeau affaire gregory 

Je vois que rien à changer chez vous il n'y en a toujour que pour les mêmes et le chef vient toujour. Vous pouvez montrer l'autre lettre et celle-là à Jacky car j'arrete. il est toujour mis de côté, cela ne sere à rien que je les défende... Il n'y a que votre salope de fille et son vieux qui ont le droit de salir vos assiettes le dimanche. Il n'y en a que pour le gendre, il compte plus que vos fils, surtout pour toi la vieille c'est ton "NONOCHE" et il se premet tout à Aumontzey. et le petit de grandes, il n'est pas une journée sans descendre chez vous et il faut toujour qu'il mette son grin de sel partout quand il devrait fermer sa grande gueule mais pas d'effet et sa connasse de gonzesse, elle fait toujour la grande malade avec sa

Lettre corbeau affaire gregory

salle gueule de cochon "le CINEMA". Autour du chef, du balaise, il peut arrêter de chier dans son slip, je ne veux pas lui faire de bobo au balaise de maman ni à sa pimbêche de gonzesse ni à son mioche. Jacky ne serai pas mieu estimer pour ça et il sera toujour considerer comme un bâtard, le pauvre mec. eh! toi le vieux, tu en as prix un coup de vieux, tu m'as l'air bien malade. eh oui le vieux, j'arrête et tu ne sauras jamai qui t'as fait chié pendant deux ans. Je me suis vengé car je vois que tu rumines, tu ne te penderas peut être pas mais je m'en fou car ma vangeance est faite. Je te hais au point d'aller cracher sur ta tombe le jour ou tu creveras.

Lettre corbeau affaire gregory

Jacky n'est peut etre pas plus estimer mais je m'en fou je me suis venger. Ceci est ma dernière lettre et vous n'aurez plus aucune nouvelle de moi. Vous vous demanderez qui j'étais mais vous ne trouverez jamai. que le tout fou d'à côté arrête de frimer car il prend un coup de poing dans la gueule et il se sauve. Adieu mes chers cons.

 

Dans ces lettres, le corbeau fait mention du bâtard (Jacky) et du Chef, surnom donné à Jean Marie Villemin depuis qu’il est passé contremaitre dans son usine. Dans le milieu ouvrier, sa réussite provoque des jalousies, y compris dans sa propre famille.

La procédure de plainte arrive le 16 décembre 1983 au juge d'instruction à Saint Dié mais les investigations sont stoppées puisque par expérience les gendarmes savent que de tels agissements cessent dès lors qu'il y a des investigations, d'autant que le corbeau revendique lui-même son arrêt. Il n’y a donc pas lieu d’investiguer plus. Pendant plus d'un an, la famille Villemin n'entendra plus parler du corbeau avant ce 16 octobre 1984.

 

L’affaire Gregory : Le drame

Gregory est un petit garçon de 4 ans (né le 24 août 1980), fils de Christine et Jean Marie Villemin. Tout trois habitent dans les Vosges, un petit village du nom de Lépanges sur Vologne.

lépanges sur vologne - affaire gregory lepanges sur vologne

 

Le 16 octobre 1984, à 16h55, Christine Villemin va chercher son fil Gregory chez sa nourrice Christine Jacquot et rentre au domicile familial. Elle laisse Gregory jouer dehors sur un tas de gravier, elle se met à repasser à l’intérieur. Peu avant 18h, elle signale à la gendarmerie sa disparition. Le village est fouillé par les gendarmes.

Une demi-heure après la disparation de l’enfant, la police apprend par Christine Villemin que Michel Villemin, le frère du papa du petit Gregory, a reçu un coup de téléphone revendiquant l’enlèvement et le meurtre de l’enfant, l’informant qu’il avait été jeté dans la Vologne. Il décrit une voix rauque.

Vers 21h15, Gregory est retrouvé mort, pieds et mains liés par une cordelette, dans la commune voisine de Docelles dans la rivière de la Vologne à 7 km de Lépanges.

carte region affaire gregory

 

Son corps s’est échoué au niveau d’un barrage. Gregory ne présente aucune marque de coups. Son bonnet est baissé sur son visage et le garçonnet semble endormi paisiblement dans les eaux gelées.

affaire gregory affaire gregory

Le bonnet baissé sur les yeux de sa victime n’est pas anodin, c’est souvent un signe que le tueur n’assume pas son acte et qu’il lui ai trop difficile de regarder les yeux de sa victime. Ca peut marquer un premier meurtre (le passage à l’acte est plus difficile que ce qu’il avait imaginé), ou l’assassinat d’une personne qu’on connaissait bien.

C’est la première fois dans l’histoire judiciaire française que la presse publie une photo d’un enfant retrouvé assassiné. Une photo qui choque énormément l’opinion publique et créé un intérêt médiatique sans précédent.  La presse est omniprésente, elle s’invite chez les membres de la famille Villemin précédant les gendarmes pour récupérer des "scoops", et assiste à l’enterrement du petit garçon.

A cette photo vient s’ajouter celle que ses parents ont fait réaliser par un photographe professionnel à l’occasion de ses 4 ans.

Le 17 octobre 1984, Jean Marie Villemin reçoit une lettre du corbeau postée la veille à 17h15 de Lépanges sur Vologne. Interrogé par Jean Michel Bezzina, le correspondant de RTL, Jean Marie Villemin, le papa du petit Gregory, affirme savoir qui peut avoir fait ça.

Lettre corbeau affaire gregory

Lettre corbeau affaire gregory

J'espère que tu mourras de chagrin le chef, Ce n'est pas ton argent qui pourras te redonner ton fils; voilà ma vengeance pauvre con

 

 

Affaire Gregory : L’enquête

Les relations conflictuelles et les secrets de famille des Villemin ne facilitent pas la recherche  d’une piste. Beaucoup de personnes sont en effet susceptibles d’en vouloir à Jean Marie et Christine Villemin.

 

clan familial apercu 

 

Fait marquant et peut être déclencheur : Deux jours avant l’assassinat de Gregory, le couple Villemin reçoit chez eux pour la première fois depuis bien longtemps son frère Michel et son épouse Ginette. Selon Jean Marie Villemin, Michel  semblait envieux plutôt que content pour eux. Il aurait dit à propos de leur nouveau salon "Il est beau ton salon, tu as dû le payer bonbon, il faut être chef pour se payer ça !".

L’enquête démarre, on essaie de déterminer le lieu exact d’où a été jeté le petit Gregory dans la Vologne. Les gendarmes pensent avoir trouvé une piste à proximité de la Vologne, une empreinte de la roue d'une voiture et l’empreinte d’un talon de femme. Mais en jetant un mannequin de même poids que Gregory dans la Vologne, le corps n’aboutit pas au même endroit. Ils laissent donc tomber cette piste.

trace voiture affaire gregory

Ils déterminent que c’est au centre de Docelles, derrière le local des pompiers, en plein jour, que  le corps du petit Gregory a certainement été jeté. Le mannequin, jeté à cet endroit, aboutit où l’on a retrouvé le corps petit Gregory. Pour les enquêteurs ça colle !

Le médecin légiste est persuadé que Gregory a été ligoté et jeté dans la rivière où il s’est noyé. Il n’y a donc pas d’analyse de ses poumons ni d’autopsie complète permettant de déterminer l’heure à laquelle il est mort. Une grave erreur pour la suite de l’enquête.

La police cherche à identifier le corbeau, une dictée est imposée à tout l’entourage du petit Gregory pour pouvoir comparer les écritures. Une cinquantaine de dictées sera analysée.

Les grands parents de Gregory (Albert et Monique Villemin) qui habitent à Aumontzey, ont reçu le plus de messages de la part sur Corbeau. Ils étaient peut être la cible principale du corbeau...

En octobre 1984, les parents de Gregory se portent partie civile après avoir choisi leur avocat Maitre Garaud afin d'avoir accès au dossier de l'instruction. La presse diffuse un portrait-robot établit sur le témoignage d'un cafetier de Docelles, d'un homme moustachu aperçu le jour du drame.

portrait robot affaire Gregory

Les médias évoquent les rivalités entre Jean Marie Villemin et Bernard Laroche. Marie Jeanne Berichon-Seyden, expert en écriture est formelle, toutes les lettres dites du corbeau ont été écrites par la même personne, et selon elle, seraient à relier à Bernard Laroche.

Bernard Laroche est vite dans le collimateur de la police, en effet son écriture pourrait s’apparenter à celle du corbeau. On découvre sur les lettres un nouvel indice : un foulage, c'est-à-dire une écriture visible en relief sur le papier, issu d’un précédent écrit sur le bloc de papier ayant servi à écrire la lettre. On pouvait lire les lettres "LB" qui correspondent, selon la police, parfaitement à la signature de Bernard Laroche.

foulage signature Bernard Laroche

 

Bernard Laroche et sa femme Marie Ange Bolle sont placés en garde à vue. Sans aveu de leur part, ils sont relâchés au bout de 24 heures. Dix sept jours après les faits (2 novembre 1984), en dépit que de nombreux éléments ont déjà été étalés dans la presse et peuvent influencer les témoignages, des vérifications de son emploi du temps sont faites.

L’après-midi il se trouvait à Aumontzey. Murielle Bolle, la sœur de sa femme, collégienne donne une première version selon laquelle, elle aurait pris le bus et serait allée chez Louisette Jacob comme à son habitude après l’école. Elle serait arrivée à 17h20. En arrivant, Bernard Laroche et son fils Sébastien (âgé de 4 ans) étaient là, et sont partis quelques minutes plus tard. Bernard Laroche a dit vouloir acheter du vin au supermarché Champion à Laval sur Volognes.

Mais des détails ne collent pas et les gendarmes insistent. Murielle Bolle craque et donne une toute autre version.

Bernard Laroche serait venu la chercher à la sortie du collège à Bruyères. Ils se seraient dirigés vers Lépanges sur Vologne où il aurait fait un premier arrêt. Bernard Laroche revient avec un petit garçon avec un bonnet, et lors du second arrêt de la voiture sur une place de Docelles, Bernard Laroche serait revenu sans lui. Murielle Bolle raconte qu’il y avait également le fils de Bernard Laroche, Sébastien, dans la voiture. Murielle Bolle s’en occupait et ne prêtait pas attention à ce que faisait son beau-frère.

Vendredi 2 novembre 1984, Murielle Bolle confirme aux gendarmes que le petit garçon correspond à celui de la photo du petit Gregory. Le procureur appelle le juge Lambert pour qu’il entende les confessions de la jeune fille, ce qu’il fera dès le lundi 5 novembre 1984 au matin.

Murielle Bolle est remise en liberté et rentre chez elle pour le week end.

Le lundi Murielle Bolle réitère ses confessions auprès du juge. Bernard Laroche est alors arrêté sur son lieu de travail le 5 novembre 1984 devant les journalistes. La presse le présente comme un coupable sans tenir compte de la présomption d’innocence.

 

bernard laroche affaire gregory bernard laroche affaire gregory

On met une fois de plus en évidence les rapports de jalousie entre les couples Villemin et Laroche. Un des deux couples avait mieux réussi que l’autre, et les Laroche avaient un enfant qui présentait des problèmes de santé à la naissance. Il n’en fallait pas plus aux enquêteurs pour pouvoir justifier cet acte odieux.

Le 5 novembre 1984, la vie des Laroche bascule. Bernard Laroche est inculpé de l’assassinat de Gregory.

Le juge Lambert s’exprime devant les journalistes, il leur dit que l’enquête a pu être menée à bien grâce à un document d’expertise et au témoignage clé de Murielle Bolle. Il laisse échapper qu’elle était présente, elle et Sébastien, dans la voiture de Bernard Laroche. A ce stade plus aucun doute ne plane dans l’esprit des gens, mais il place, sans le vouloir, Murielle Bolle dans une situation délicate face à sa famille en citant son nom.

Les journalistes s’apprêtent à quitter les lieux pensant l'affaire résolue. Le lendemain, au moment de partir ils sont interpellés par la famille de Murielle Bolle qui a une déclaration à faire. L’affaire va de nouveau rebondir ! Elle affirme que les gendarmes l’ont menacée de la placer dans une maison de correction si elle ne répétait pas au juge qu’elle était dans la voiture de Bernard Laroche.

Devant la presse, Murielle Bolle, 15 ans au moment des faits, clame l’innocence de son beau-frère, et dit qu’elle n’a jamais été dans sa voiture, ni à Lépanges ni à Docelles, lieu où a été retrouvé le corps du petit Gregory. "Non, j’étais pas dans la voiture de Bernard. J’ai jamais été sur Lépanges, tout ça. Je connais pas Lépanges, ni Docelles. Bernard est innocent, mon beau-frère, il est innocent"

murielle bolle affaire Gregory murielle bolle affaire Gregory

Les gendarmes pensent immédiatement que si Murielle Bolle se rétracte, c’est parce que sa famille à fait pression sur elle. D’autant que ses aveux étaient confortés par le témoignage de ses amis de classe et le chauffeur du bus qui disent ne pas avoir vu Murielle Bolle dans le bus ce jour-là.

Le juge Lambert semble quand même confiant sur la suite de l’affaire, affirmant qu’il y a d’autres éléments incriminant Bernard Laroche. Ils décident de confronter Bernard Laroche et Murielle Bolle mais celle-ci maintient qu’elle n’était pas dans sa voiture ce jour-là.

Maitre Gérard Welzer, avocat de la famille Laroche, prend le dossier en main et rend visite à Bernard Laroche à la maison d’arrêt de Nancy le 5 novembre 1984. Il arrive ne sachant rien de l’affaire mais avec la sensation que Bernard Laroche est coupable au vu de la manière dont il a été présenté dans les médias. Pourtant il découvre un dossier vide. 

Aucun rapport d’autopsie et l’expertise graphologique a été invalidée. En vertu de l'article 156 du code de procédure pénale, le juge doit désigner les experts en écriture par voie d'ordonnance.  Au lieu de ça, ce sont les gendarmes eux-mêmes qui désignent un expert sur demande du juge Lambert. D'un point de vue judiciaire, les expertises n'ont plus aucune valeur.

De même, toutes les expertises réalisées par un gendarme de la section de Metz autour du foulage sont également perdues et n’apparaissent pas dans le dossier de Bernard Laroche. Il avait été mis en évidence, grâce à un système de lumière rasante qu’un foulage avec les initiales LB se trouvait sur les lettres du corbeau, mais le courrier envoyé au juge est perdu. Le doute s’installe dans les esprits… la police va devoir trouver d’autres pistes !

L’affaire est bâclée… la fiche de correspondance du 12 novembre 1984 avec le foulage, refera surface bien des années plus tard quand un nouveau juge reprendra l'affaire. Celui-ci demandera simplement un double du rapport à la brigade de Metz.

 

Affaire Gregory : Le corbeau doit être l'assassin.

Les témoignages des filles de La Poste (Sandrine, Maria et Marie-Louise), 3 collègues de travail de Christine Villemin affirment avoir vu Christine Villemin le 16 octobre vers 17h devant la poste de Lépanges. A l'heure et à l'endroit précis où la lettre du corbeau a été postée.

filles de la poste affaire gregory

Christine Villemin, se défend et dit qu'elles se trompent. Qu'elle ne portait pas les habits décrits par les trois femmes. Et que c'est la veille qu'elle est allée à la poste pour poster 2 lettres. Cette piste a été remontée, une des 2 lettres a été retrouvée et effectivement elle a été postée la veille comme l'a indiqué Christine Villemin.

Le juge confronte Christine Villemin et ses 3 collègues mais reste perplexe face à la contradiction des déclarations. Chacun campe sur ses positions. Le juge accuse Madame Christine Villemin de mentir.

Les médias ont maintenant Christine Villemin dans le collimateur et l'interroge pour savoir comment elle réagit au fait qu'on puisse l'accuser.

A quoi elle répond "pas trop bien, c'est quand même mon petit qu'on a enlevé", "le petit n'est plus là, j'ai plus rien, je ne sais pas ce que ça m'aurait rapporté d'avoir fait ça".

christine villemin affaire Gregory

A noter que Christine Villemin parle d’enlèvement et non de meurtre. Un déni qui lui permet peut être de continuer à vivre face à ce drame trop dur à accepter.

L’hypothèse d’un infanticide semblait tellement irréaliste, qu'il n'y avait eu aucune perquisition chez les Villemin le soir du crime, aucun relevé d'indice pour vérifier que Christine Villemin faisait bien du repassage au moment de l'enlèvement comme elle l'avait indiqué. Bien que le juge Lambert ("le petit juge") ait maintenant des soupçons à l'égard de Christine Villemin, Bernard Laroche a été "oublié" pendant 3 mois en prison alors qu'il n'a été entendu qu'une seule fois (procès verbal de 13 lignes).

Le juge Lambert nomme un nouvel expert en écriture : Alain Buquet.

Devant le vide du dossier, le 4 février 1985, Maitre Gérard Welzer, avocat de la famille Laroche présente une énième demande de liberté.

Le juge Lambert téléphone immédiatement à Alain Buquet pour connaître son intime conviction avant la remise officielle de son rapport pour le 15 février 1985, pour savoir s’il doit ou pas remettre Bernard Laroche en liberté. Ses conclusions contredisent les premières expertises. Le juge Lambert décide donc de libérer Bernard Laroche, contre l'avis du procureur Jean-Jacques Lecomte et alors que beaucoup le considèrent encore coupable.

Jean Marie Villemin, voit Bernard Laroche dans les médias, reprendre une vie normale, retravailler, embrasser sa femme et son fils. Il ne supporte pas qu'il soit remis en liberté alors qu'on fait peser des soupçons sur sa femme. Il est libéré mais toujours inculpé, ce que Jean Marie Villemin ne comprend pas.

S’installant dans une sorte de lien de compassion, les journalistes et les gendarmes continuent de rendre visite au couple Villemin en leur racontant les avancés de l’enquête et en leur donnant des informations qui ne font qu’alimenter leur haine à l’égard de Bernard Laroche. Un jour, un gendarme lui souffle "si on avait fait ça à mon fils, je saurai ce qu'il me reste à faire"... des mots qui résonnent en Jean Marie Villemin.

Le 26 février 1985, Jean Ker de Paris Match rejoint le couple à Bruyère où ils se sont isolés, et leur fait écouter l'audition de Muriel Bolle. Le couple Villemin est bouleversé et ne cache pas au journaliste leur volonté de tuer Bernard Laroche.

Vers 4 heures du matin, le journaliste est pris de doute... il fait de nouveau route vers bruyère. La voiture des Villemin n'est plus là. Il fonce alors vers Aumontzey où habite Bernard Laroche.

Les Villemin sont devant le monument aux morts et Jean Ker tente de les calmer et de les dissuader de passer à l'acte. Ils attendaient Bernard Laroche… Ce soir-là le pire est évité mais la presse titre que les Villemin veulent tuer Bernard Laroche.

Début mars 1985, Maitre Gérard Welzer, avocat de la famille Laroche, écrit au procureur de la République en demandant des mesures de protection. Le Procureur de la République prévient le Préfet de la situation, mais aucun dispositif de protection n’est déployé.

 

Une nouvelle enquête avec en ligne de mire Christine Villemin

Les gendarmes sont dessaisis du dossier, le juge Lambert souhaite travailler avec la police judiciaire de Nancy. L’enquête redémarre à zéro sans faire le point sur l’enquête avec les précédents investigateurs.

Ils soupçonnent dès le départ Christine Villemin, et comme l'enquête des gendarmes l'avait écartée de suite, le dossier est complètement vide. Elle avait déclaré à l’époque avoir récupéré Gregory chez sa nourrice et être rentrée au domicile familial vers 17h. Que Gregory jouait dehors pendant qu’elle faisait du repassage. Que ne le voyant pas dehors, elle avait inspectée les pièces intérieures pour voir s’il ne se cachait pas avant de se diriger vers les voisins (Les Méline) à quelque mètres au-dessus de chez eux. Sur le chemin, elle croise monsieur Méline qui promène son chien et lui demande s’il a vu Gregory, puis Claude Colin, qui avance en direction de la maison des voisins aussi, et lequel est chargé de demander à Madame Méline. Madame Méline sort et crie qu’elle ne l’a pas vu….

Les policiers utilisent la pression psychologique et la presse pour la faire craquer.

Christine Villemin, apprenant par la radio RTL qu'elle est la principale suspecte de la mort de son fils; fait un malaise. Enceinte de quelques mois, elle perd du sang et son mari la conduit à l'hôpital. En effet, les nouveaux rapports d'analyses graphologiques désignent Christine Villemin comme étant celle dont l'écriture a le moins de discordance avec celle du corbeau.

 

Assassinat de Bernard Laroche

Le 29 mars 1985, vers 13h00, Marie Ange Laroche appelle Maitre Gérard Welzer et lui fait part que Bernard Laroche venait de se faire assassiner sous ses yeux par son cousin Jean Marie Villemin. Celui-ci lui a infligé un coup de fusil dans la poitrine, ce qui lui perfore le poumon gauche et ne lui laisse aucune chance de s’en sortir.

Avant de se livrer à la police, Jean Marie Villemin se rend à la clinique pour annoncer le meurtre à sa femme. Ce jour-là, il lui déclare "avoir du chagrin dans les veines".  Jean Marie Villemin est incarcéré en attendant son jugement… Christine Villemin demande à parler à la presse dès le lendemain et raconte en pleurs que son mari était allé chercher des réponses auprès de Bernard Laroche et qu'au fil des questions, Jean Marie Villemin a eu le sentiment qu'il se moquait de lui et a tiré.

Sur la Tombe de Bernard Laroche, sa femme Marie Ange Laroche a fait graver "Ici repose Bernard, innocente victime d'une haine aveugle".

La presse continue à s'acharner contre Christine Villemin pour orienter l'opinion publique et n’attend qu’une chose : son arrestation.

 

Christine Villemin : Mise en examen pour homicide volontaire

Le 5 juillet 1985, Christine Villemin est mise en examen pour homicide volontaire sur son fils Gregory.
Des vérifications sont faites dans l'ancienne maison des Villemin, qu'ils n'habitent plus depuis 6 mois, et où il y a eu de nombreuses allées et venues.

Les policiers retrouvent de la cordelette, la presse fait immédiatement le lien avec la cordelette utilisée pour attacher Gregory. Il la présente comme étant identique. Pourtant il s'agit d'une cordelette de fabrication courante.

Dans une lettre adressé à son mari, Christine Villemin écrit "je n'en peux plus, tu ne pourras jamais imaginer les horreurs qu'ils écrivent sur moi, depuis que tu es en prison, tout le monde est contre moi. Je suis à bout".

Début juillet 1985, des analyses accablantes arrivent sur le bureau du juge. Les cordelettes sont identifiée comme similaire à celle utilisée pour ligoter Gregory. Maitre Thierry Moser, avocat, décide de défendre Christine Villemin.

Christine Villemin est inculpée du meurtre de son fils Gregory et envoyée en prison où immédiatement elle entame une grève de la faim qui va durer 5 jours alors qu'elle est enceinte de 6 mois. La presse se questionne maintenant sur un élément clé qui n’a pourtant jamais était au centre de l’affaire : Le mobile du meurtre....

Le juge Lambert ne trouve à cette réponse que la folie.

Christine Villemin est examinée par une dizaine de psychiatres et psychologues, lesquels la trouvent parfaitement saine d'esprit.

La presse effectue le parcours Lépanges - Docelles et en comptant 3 minutes pour ligoter le petit garçon en vient à la conclusion qu'il aurait fallu 19 minutes à toute vitesse pour commettre le crime. Le Procureur de la République Jean-Jacques Lecomte maintient que l'accusation ne tient pas. Christine Villemin est libérée après 12 jours de prison.

Une lettre arrive au domicile des Villemin le 26 juillet 1985, elle est expédiée depuis Darnieulles (Vosges).

Lettre corbeau - Affaire Gregory

Lettre corbeau - Affaire Gregory

Je vous ferez a nouveau votre peau à la famille Villemain. Prochaine victime Monique

 

 

La descente aux enfers des Villemin

Malgré la libération de Christine Villemin, l’opinion publique et la presse ont fait d’elle un monstre. Image dont il est difficile de se défaire. Il n’y a toujours aucune preuve formelle pour identifier le corbeau et le doute plane toujours.

Pour pouvoir payer ses avocats, et devant l’engouement que l’affaire suscite, Christine villemin vend à la presse des photos de son bébé Julien (né en 1985). Le couple aura deux autres enfants : Emelyne (1990) et Simon (1998).

Deux ans après le meurtre du petit Gregory, et toujours convaincu de sa culpabilité, le juge Lambert demande le renvoi de l’affaire Christine Villemin devant une cours d’assise. Un grand procès s’annonce…

Le 15 décembre 1986, le journal télévisé annonce que Christine Villemin a été retrouvé inanimée chez sa grand-mère à Petitmont. Elle a pris des barbituriques et est transportée d'urgence à l’hôpital où elle est prise en charge immédiatement.

Christine Villemin avait laissé une lettre d’adieu à l’attention de son avocat : "Cher Maître Garaud, Je suis innocente. Grégory était tout pour moi. Et ce soir, j'ai pris la décision d'aller le retrouver. Maintenant, la justice veut me séparer de Jean-Marie... Pardonnez-moi le mal que je vais vous faire".

La cours de cassation casse l'arrêt de renvoi aux assisses. Elle annule ainsi 300 pages d'instructions pour vice de forme et confie l'affaire à la cours de Dijon.

 

L’affaire Gregory est confiée à la Cours de Dijon

Le juge Maurice Simon, diffère son départ à la retraite et reprend l'enquête depuis le début. Il organise 3 jours de reconstitution, interroge tous les témoins, auditionne longuement Christine et Jean Marie Villemin, et surtout ne laisse rien échapper à la presse.

reconstitution affaire gregory

 

A la veille de noël 1987, le juge fait un geste et libère Jean Marie Villemin (après 33 mois de détention préventive). Interdit de se rendre dans les Vosges, le couple s’installe dans l’Essonne.

En 1989, le journal "Le nouveau détective" publie une conversation informelle avec le Juge Simon enregistrée à son insu en le faisant passer pour une interview exclusive.  Les autres médias grincent des dents, croyant le secret de l’instruction rompu, et pour la première fois de l’affaire, le Juge Simon, place Christine Villemin en innocente et parle de plusieurs personnes impliquées dans la mort du petit Gregory. Dans ses hypothèses, Bernard Laroche aurait "seulement" participé à son enlèvement.

Le juge Simon reçoit une lettre anonyme de menace : "Vas-tu voir 1990 ? ça c'est notre affaire, en tout cas tu seras tué".

Les avocats de la famille Laroche sont furieux et s’en prennent au juge d’instruction. Maurice Simon reçoit une plainte pour violation du secret de l’instruction. Une annonce terrible, pour un homme qui a toujours travaillé avec une grande rigueur.

Le surlendemain le juge Simon fait un infarctus qui le laisse très diminué, le contraignant à abandonner l’enquête. Il cède le dossier au président de la cour d'appel de Dijon, le juge Jean Paul Martin. Maurice Simon meurt le 23 mai 1994.

 

Le juge Jean Paul Martin reprend l’enquête.

A l’été 1986, Charlotte Conreaux, qui a acheté la maison des Villemin fin 1985, reçoit des confidences de sa voisine, madame Claudon, sans forcément penser que ces informations pourraient être capitales pour le dossier.

Ce n’est qu’en octobre 1990, que ces confidences vont remonter à la surface. Charlotte Conreaux qui consultait Maître Moser pour une affaire de litige avec des locations, lui demanda s’il avait entendu les informations de Madame Claudon au sujet de l’affaire Gregory.

Le système médiatique et judicaire s’emballe à nouveau…

Entendu par le juge, Charlotte Corneaux raconte ce qu’on lui a rapporté : A savoir que sa voisine Madame Claudon, en compagnie d’un ami (Claude Colin), avaient croisés sur la route le soir du drame, Bernard Laroche en voiture accompagné par une autre personne. Madame Claudon ne réitérera pas cette confession. Elle affirme n’avoir vu personne, mais Claude Colin, confirme quant à lui les confidences faites à la voisine.

Un témoignage qui arrive 6 ans après les faits…

Situés en haut du village, Madame Grandidier et Monsieur Claude Colin attestent que Madame Villemin est passée en voiture peu avant 17 heures en remontant vers le croisement qui mène à son domicile. Ce qui corrobore la version de Christine Villemin. Madame Grandidier est rentrée prendre un goûter 2-3 minutes après. Il était 17 heures à sa pendule.

 

Claude Colin et Madame Claudon ont ensuite remontés le chemin pour aller chercher les vaches.  Claude Colin affirme avoir croisé un homme corpulent dans une voiture et distingué une chevelure rousse peu après 17h. En passant devant la maison des Villemin vers 17h15, ils n’aperçoivent personne, pas même le petit Gregory supposé jouer dans le gravier…  C’est en redescendant quelques dizaines de minutes plus tard qu’ils croisent Christine Villemin qui leur demande s’ils ont vu le petit Gregory. C’est en qualité de 123ème et dernier témoin, que Claude Colin apporte son témoignage devant la cours d’assises de Dijon en décembre 1993 aux derniers jours des débats.

 

De nombreux voisins ont remarqué un homme moustachu, parfois accompagné d'une femme, faisant du repérage quelques jours avant le drame.

Le 3 février 1993, le juge Jean Paul Martin rend un non-lieu pour absence de charges en la faveur de Christine Villemin qu’il croit innocente, et dit que sa participation à l’assassinat de son fils est invraisemblable et impossible.

En 1994 les frais d’avocats des Villemin s’élevaient à 1.800.000 francs. Christine Villemin publie un livre intitulé "Laissez-moi vous dire" aux éditions Michel Lafon qui lui rapporte 350.000 francs. Cela est mal perçu par l'opinion publique qui l'accuse de vouloir faire de l'argent sur ce drame. Les Villemin cumulent des rentrées d’argent (comité de soutien, contrat avec la presse, et dommages et intérêts pour diffamation) à hauteur de 2.560.000 francs. Un bénéfice de 700.000 francs qui ne permet pas de régler la compensation financière pour le meurtre de Bernard Laroche qui s'élevait à 908.000 francs.

L’affaire Gregory plonge les Villemin dans une situation financière compliquée. Ils passeront d’une maison à un pavillon HLM. Christine Villemin ne parviendra pas à trouver du travail, et Jean Marie voit son salaire ponctionné pour rembourser les frais encore dus... En tout, la famille Bolle/Laroche leur a réclamé plus de 8,7 millions de dommages et intérêts. Les années passent mais les tensions entre les familles sont toujours palpables.

 

Le Procès de Jean Marie Villemin pour l'assassinat de Bernard Laroche.

Tous les protagonistes viendront témoigner, et chacun espère que la vérité jaillira concernant le petit Gregory, en vain.

Le 17 décembre 1993, Jean Marie Villemin est condamné à 5 ans de prison dont un avec sursis et à verser 908.000 francs à la famille de Bernard Laroche au nom du préjudice moral. Un an après il est question du préjudice matériel et d’une indemnité de 2.800.000 francs réclamée par la veuve Marie Ange Bolle. La Cour d'assises de la Côte-d'Or a tranché, Jean Marie Villemin devra payer 440.000 francs à Marie Ange Laroche pour elle et ses enfants (Jean Bernard et Sébastien).

 

Relance de l’Affaire Gregory

Fin novembre 1999, à la demande des parents, Thierry Moser, avocat de la Famille Villemin, demande une expertise génétique.

Juin 2000, la chambre d'accusation a estimé que le progrès scientifique constitue en soi un élément nouveau permettant la réouverture de l'affaire Gregory. Une analyse est faite sur une portion de timbre d’une des lettres du corbeau. Malheureusement les tests ADN ne donnent rien. Les lettres du corbeau ont été couvertes de poudre pour relever les empreintes, ce qui empêche d'utiliser des moyen plus modernes (électro magnétique) qui auraient pu permettre de mettre en évidence le foulage. Le document est donc inexploitable.

 

L'état français condamné

En Mai 2002, la cour d'appel de Versailles sanctionne l'inaptitude de l'Etat à remplir sa mission et souligne un manque total dans la maîtrise et dans la conduite de l'enquête et de l'instruction. L'Etat français est condamné à verser 63.000 € à Marie Ange Laroche, veuve de Bernard Laroche, ainsi qu'à sa belle-soeur Murielle Bolle.

En 2004, l'état Français est condamné à verser 70.000 € aux parents de Gregory pour le dysfonctionnement de la justice. Jean Marie Villemin demande sa réhabilitation, qui lui sera refusée en juillet 2007.

 

Affaire Gregory : Les tests ADN

En 2008, le couple Villemin demande la réouverture de l'instruction au procureur général de Dijon pour une nouvelle recherche ADN sur les scellés du petit Grégory.

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En 2009, le laboratoire lyonnais Biomnis trouve la présence de 2 ADN distincts qui ne correspondent pas à celui des époux Villemin.

Quelques mois plus tard, les experts annoncent un nouvel échec. Trop manipulés, les scellés ont été endommagés par les enquêteurs et ne sont plus exploitables. En 2012, l’analyse de la voix du corbeau n’aboutit à rien de tangible. Le dossier est pourtant loin d’être clos.

 

Affaire Gregory : De nouvelles pistes...

En 2017, Jean Jacques Bosc, procureur général, indique à la presse que les expertises graphologiques pourraient permettre de faire la lumière sur cette enquête commencée il y a 33 ans !

Fin mai 2017, un mot est retrouvé dans l’église de Lépanges sur Vologne. "C’est bien Bernard L. qui a tué Gregory, j’étais avec lui" Signé : Murielle Bolle. Petit problème, une analyse ADN est faite sur le registre de l’église, et aucun ADN ne correspond à celui de Murielle Bolle. Quelqu’un a écrit pour elle ce mot, mais dans quel but ? Peut-être par peur que la vérité soit faite et rediriger l’enquête vers un mort…. Ce qui finalement arrangerait tout le monde !

 

Le Juge Lambert se suicide

Le 11 juillet 2017, des extraits des carnets secrets tenus par le Juge Maurice Simon accablant le juge Lambert sont dévoilés par BFMTV.  "On reste confondu devant les carences, les irrégularités, les fautes [...] ou le désordre intellectuel du Juge Lambert. Je suis en présence de l’erreur judiciaire dans toute son horreur".

Des propos que le Juge Lambert n’a plus la force d’affronter. Le soir même, il est retrouvé mort à son domicile (Mans), dans son bureau avec un sac plastique noué sur la tête à l’aide d’un foulard, comme le personnage de son dernier livre. Le Juge Lambert était âgé de 65 ans. Il laisse une lettre expliquant son geste dans laquelle il dit "je n’ai plus la force de me battre", "j’ai la conscience tranquille".

L’affaire Gregory se poursuit et la police procède à de nouvelles interpellations.

 

Mise en examen de Ginette Villemin

Le 14 juin 2017, Ginette Villemin, femme du défunt Michel Villemin et proche des Laroche, est placée en garde à vue pendant 36 heures.  Elle n'a plus confiance en la justice et invoque son "droit au silence".  Aucune charge n'est retenue contre elle.

 

Mise en examen de Monique et Albert Villemin

Le même jour, Monique et Albert Villemin, sont entendus dans le cadre d'une audition libre à leur domicile en raison des problèmes de santé de Monique. Les enquêteurs la questionnent sur une lettre de menace envoyée en 1989 au Juge Simon. Monique nie l'avoir écrite mais admet une ressemblance avec son écriture. Elle affirme que ses 6 enfants  s'entendaient bien et qu'il n'y avait pas de rivalités entre eux.

 

Mise en examen de Jacqueline et Marcel Jacob

Le 16 juin 2017, Jacqueline et Marcel Jacob sont mis en examen à Dijon (Côte-d'Or) pour enlèvement suivi de mort, puis écroués. L’emploi du temps du couple le jour du drame n’a jamais été vérifié.

Ils n’ont pas été interrogés pendant les 5 premières années d’enquête. Lors de la perquisition, les gendarmes retrouvent une lettre de la main de Marcel datée du 14 décembre 2009, disant qu'il était innocent. Une démarche qui surprend les enquêteurs d’autant qu’il n’a jamais été montré du doigt durant l’enquête. Marcel se défend et dit qu’il voulait que sa famille sache, lorsqu’il serait mort qu’il n’avait rien à voir avec tout ça.

Marcel Jacob, frère de Monique Villemin (grand-mère de Grégory) était à l’époque en mauvais terme avec Jean Marie Villemin, mais très proche de Bernard Laroche. Marcel Jacob cache pendant l’interrogatoire ses antagonismes parfois violents avec les parents du petit Gregory, ce qui rend ses déclarations peu crédibles.

Après sa promotion professionnelle, Albert Jacob avait dit à Jean Marie Villemin "Je ne serre pas la main à un chef. Tu n'es qu'un rampant qui n'a pas de poils sur la poitrine". Le corbeau exprimait lui aussi un dédain envers "les chefs".

Jacqueline Jacob (née Thuriot) a été entendue pour la première fois en 1991, mais elle se montrait peu collaborative face aux enquêteurs. Pourtant son nom ressort par 2 fois dans les comptes rendus des experts graphologiques comme personne pouvant avoir écrit une des lettres du corbeau en 1983 (avant l’assassinat du petit Gregory).

Les analyses faites en 2017, confondent également Jacqueline Jacob comme étant l’auteure probable d’une des lettres de 1983 et de façon un peu moins formelle d’une des lettres écrites en majuscule.

Mardi 20 juin 2017, la Cour d'appel de Dijon (Côte-d'Or) décide de relâcher Jacqueline et Marcel Jacob et de les placer sous contrôle judiciaire. Les époux Jacobs ont l'obligation de pointer à la gendarmerie et de ne pas s'exprimer dans les médias.

Les investigations vont se poursuivre et avec l’analyse criminelle de la gendarmerie, les analyses montrent que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime.

 

Mise en examen et incarcération de Murielle Bolle

Un cousin germain de Murielle Bolle appelle les gendarmes et témoigne de manière anonyme. Sa mère est la sœur de Jeanine Lavalée, maman de Murielle Bolle. Il affirme que Murielle Bolle a été frappée par sa famille le soir du 5 novembre 1984 pour ses aveux sur Bernard Laroche. Il parle d’un véritable lynchage à son encontre auquel il a assisté.

Interpellée pour enlèvement de mineur suivi de mort, jeudi 29 juin, Murielle Bolle est interrogée. Elle affirme n’avoir pas été frappée et maintient avoir subi une pression de la part des policiers à l’époque.

Murielle Bolle est incarcérée à la prison de Dijon. Pour la protéger des autres détenus, Murielle Bolle a été placée à l’isolement. Murielle Bolle clame son innocence et entame une grève de la faim le 6 juillet, qui durera 5 jours.

Vendredi 28 juillet 2017, une confrontation de 3 heures entre son cousin germain et Murielle Bolle a lieu. Chacun campe sur ses positions. Murielle Bolle dit même ne pas le connaître et ses avocats traiteront ce fameux cousin de mythomane. C’est "parole" contre "parole".

Maitre Ballorin, l'avocat de Murielle Bolle, demande sa libération et affirme qu’elle est épuisée par cette affaire et psychologiquement vulnérable.

Mardi 1er août 2017, le procureur général de Dijon s’oppose à la demande de remise en liberté de Murielle Bolle.

Ses avocats plaideront pour sa remise en liberté sous contrôle judiciaire, en mettant en avant une solution d’hébergement extra-familiale.

 

 

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