gaston dominici

 

Eté 1952, la Famille Drummond, Jack (61 ans), Lady Ann (46 ans) et leur fille Elizabeth (10ans), passe d’agréable vacances dans le midi de la France.

Avant la guerre Jack Drummond enseigne la biochimie à l’université de Londres, puis pendant la guerre il travaille au ministère du ravitaillement et a pour mission d’élaborer des rations alimentaires pour les armées en campagne. C’est dans les derniers mois de la guerre qu’il réalise sa plus grande invention : un mélange liquide de protéine qui peut être injecté dans les veines, cela permit de sauver la vie des milliers de déportés qui souffre de malnutrition.

En 1942, Jack Drummond édite "l’alimentation de l’Anglais" qu’il coécrit avec sa femme Lady Ann.

Le 4 août 1952, ils passent l’après midi à Digne où ils assistent à une charlottade, sorte de corrida au cours de laquelle l’animal n’est pas blessé et à la fête de la lavande.

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S’attardant un peu trop, les Drummond décident de faire du camping sauvage, vers vingt heures ils s’arrêtent au bord de la RN 96, non loin de la voie de chemin de fer et non loin d’une ferme "La Grand’Terre".

Alors qu’ils se ravitaillaient en eau, grâce à un cours d’eau non loin de là, ils croisèrent un paysan aux cheveux blanc qui passa sans un mot, Elizabeth alla caresser une des chèvres qu’il promenait. Les Drummond mangèrent des fruits avant de se coucher à la belle étoile, tandis qu’Elizabeth se coucha dans la voiture. Vers une heure du matin, des coups de feu retentirent dans la nuit paisible…

Le lendemain matin, vers 5 heures, Jean-Marie Olivier qui rentrait de son travail en usine chez lui à motocyclette vit sur le bord de la route une silhouette familière lui faire signe de s’arrêter. Il s’agissait de Gustave Dominici, l’un des paysans de la ferme voisine. Il demanda à Jean-Marie Olivier d’aller prévenir les gendarmes parce qu’il aurait entendu des coups de feu et découvert un cadavre.

A leur arrivée sur les lieux les deux gendarmes de Forcalquier découvrent étendu près de la voiture le corps de Lady Drummond à demi recouvert par une couverture. Elle a reçu trois balles dans la région du cœur, il semblerait qu’elle ait été tuée dans son sommeil. De l’autre côté de la route, son mari Jack Drummond, touché par deux balles dans la poitrine et recouvert par un lit de camp. Une blessure à la main indiquerait qu’il ai tenté de lutter. De l’autre côté de la voie ferré, c’est le corps d’Elizabeth Drummond qui est retrouvé. Elle a eu le crane fracassé par deux coups donné à l’aide d’un objet contondant.

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C’est le docteur Dragon qui examinera en premier les corps. L’examen qu’il fit du cadavre d’Elizabeth allait révéler un scénario pour le moins étrange. A son arrivée le docteur Dragon avait pu constater la rigidité cadavérique des époux Drummond, alors que le corps de la fillette était souple, ce qui laissait supposer qu’Elizabeth était morte plusieurs heures après ses parents. L’hypothèse de fuite de la fillette était là encore mise en doute, puisque ses pieds nus ne révélaient aucune coupure, écorchure ou trace de saleté.

Le brigadier Louis Romanet lança l’enquête policière. Le commissariat le plus proche se trouve à Nice mais celui-ci manque d’effectif. Il fit donc appel à la police judiciaire de Marseille. Le commissaire Edmond Sébeille arriva sur les lieux de longues heures après. La nouvelle de la tragédie avait déjà était répandue et curieux et journalistes étaient déjà sur les lieux et ont eut tout loisir de polluer la scène de crime.

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Les empreintes de pieds autour des corps furent ainsi effacées et les objets présents sur place manipulés sans précautions. Ce retard dans la procédure fit perdre des indices à la police, mais permit aussi au tueur de se trouver un alibi et de façonner une version des faits.

Une fouille des lieux permis de retrouver néanmoins deux balles non percutées, ce qui permit d’identifier l’arme : une carabine automatique, et ce qui indiquait aussi que le tueur connaissait mal cette arme puisque avait réarmé après chaque coup tiré, éjectant ainsi sans nécessité des balles.

La carabine fut retrouvée dans le cours d’eau, la Durance, un peu plus loin. La crosse flottait à la surface, et le canon était immergé à quelques mètres de là. Le scénario se précisait. Après avoir abattu le couple Drummond, le meurtrier aurait frappé Elizabeth avec la crosse de son arme avec une telle violence que son arme se serait brisé et s’il s’en serait débarrassé dans la rivière toute proche.

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L’arme, une carabine de marque Rock-Ola, arme utilisée par les soldats américain pendant la guerre, était en piteux état, elle était rafistolée avec du fil de fer et une bague d’aluminium. Tout portait à croire que l’affaire serait résolue rapidement…

Très vite la famille Dominici fut suspectée d’avoir un lien avec ce triple meurtre. Leur témoignage avait une grande importance puisqu’ils habitaient à quelques centaine de mètres du drame.

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Gaston Dominici et son fils Gustave était d’ailleurs resté sur les lieux au début de l’enquête et paraissaient éprouver une fascination morbide pour l’affaire. Gaston avait recommandé aux policiers de recouvrir le corps de la fillette en leur expliquant que les fourmis rouges commençaient à monter sur son visage.

Les propos de la famille Dominici se recoupaient. Un glissement de terrain avait eut lieu dans la journée, suite à un arrosage trop intensif des cultures, provoquant une coulée de terre sur la voie ferrée. Gustave Dominici s’était rendu sur place pour constater les dégâts, et c’est à ce moment là sur le chemin du retour qu’il aurait croisé les Drummond en train de s’installer pour la nuit.

gustave dominiciGustave ajouta qu’il avait été interloqué par le manque de pudeur de ces gens qui ne paraissaient pas gênés de se déshabiller en public. Les Dominici affirmèrent s'être couchés et avoir été réveillé vers vingt trois heures par le bruit d’une moto qui s’était arrêtée devant leur ferme. L’homme en side-car aurait crié dans une langue étrangère et devant l’absence de réponse des Dominici, serait repartit. Cette piste d’une tierce personne présente sur les lieux ne fut jamais exploitée.

Deux heures plus tard, des coups de feu retentirent. Les Dominici n’entendirent aucun cri. Les chiens de la Grand’Terre s’étaient mis à aboyer mais personne ne sortit pour aller voir ce qu’il se passait. Gustave Dominici se leva à 5 heures et demie comme à son habitude et descendit à la rivière pour  examiner de nouveau l’éboulement, c’est là qu’il découvrit le corps de la fillette et remonta vers la route pour donner l’alerte.

Gaston Dominici, quant à lui, partit à 5 heures du matin dans la direction opposé pour promener les chèvres, il fut de retour vers 8 heures, heure à laquelle il fut informé du drame.

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Les témoignages étaient plutôt concordant mais des détails laissa perplexe la police. Gustave Dominici affirma avoir eut trop peur pour regarder à la fenêtre lorsque les coups de feu ont retentit. Le braconnage et les coups de feu étaient pourtant fréquents dans la région. Et malgré cette peur, il n’était curieusement pas allé du côté des campeurs le lendemain matin pour s’assurer que tout allait bien. Ce qui étonna aussi la police, c’est que le corps d’Elizabeth ne se trouvait pas sur le chemin direct entre la Grand’Terre et l’éboulement. Il avait du faire un détour pour le découvrir. Etonnant aussi qu’à la découverte du corps de la fillette, Gustave ne se soit pas dirigé en première lieu vers les parents pour les avertir du drame… Autant d’interrogations qui laissèrent la police perplexe.

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L’enquête était entravée par le silence du clan Dominici, et de nombreuses pistes ne furent même pas explorées. La Police ignorait qui se trouvait précisément à la Grand’Terre le soir du meurtre.

Un autre indice troublant : un pantalon fraîchement lavé et retrouvé dans la cour de la Grand’Terre l’après midi du 5 août alors que la lessive était habituellement faite dans une ferme voisine. Gustave et Gaston nièrent que ce vêtement soit le leur, le pantalon ne fut pas mis sous scellé comme pièce importante du dossier, aucune analyse ne fut ordonnée.

De nombreux témoignages arrivèrent à la police. Lucien Duc témoigna qu’en passant vers minuit vingt sur cette route, il avait aperçu un homme grand et robuste qui rôdait prés de la voiture des Drummond, un description qui ne collait pas avec les Dominici.

Monsieur Conil et son passager ajouta qu’à 1h45 du matin, eux aussi aperçurent une silhouette à l’emplacement de la voiture. Aux alentours de 3 heures, un camionneur qui passait également sur cette route remarqua un lit de camp sur le bord de la route et une couverture fixée à la fenêtre de la voiture. Devant le silence de la population locale, la police offrit des récompenses à quiconque pourrait fournir un élément clés pour l’enquête.

affaire dominici21Deux journaux, le Sunday Dispatch et le Samedi-Soir se joignirent à cette initiative en offrant à eux deux un million de francs de récompense.

Mais quelques jours après le meurtre les journaux locaux "La marseillaise" et "L’Humanité" accusèrent le commissaire Sébeille de mener campagne contre les Dominici à cause appartenance politique au communisme.

La police soupçonna vite Paul Maillet, secrétaire de la cellule communiste de Lurs et ami intime des Dominici d’être à l’origine de ces attaques par journaux interposés.

En fouillant un peu sur la vie de Paul Maillet, ils apprirent qu’il possédait une carabine semblable à celle du meurtre et que sa ferme se trouvait à seulement un kilomètre et demi du lieu du crime.

Le commissaire Sébeille ordonna une fouille de la ferme de Paul Maillet. Aucun indice ne fut trouvé, mais le commissaire profita de la présence d’armes détenues illégalement pour faire pression et obtenir son témoignage.

 

Paul Maillet apporta une précision essentielle dans l’enquête, Elizabeth Drummond était encore en vie lorsque Gustave Dominici l’avait découverte. En effet pour les policiers, si Gustave avait entendu des petits gémissements, son détour pour découvrir la fillette aurait été plus plausible. Les conclusions des médecins différaient mais tous était d’accord pour dire que la fillette n’aurait pas survécu plus d’une heure à ses blessures.

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Deux hypothèses s’envisageait alors : soit Gustave Dominici avait trouvé la fillette beaucoup plus tôt qu’il ne l’avait avoué, soit la fillette avait été laissée pour morte au premier coup à la tête et à pris un second coup bien plus tard.

Gustave Dominici fut de nouveau entendu, il nia avoir trouvé la fillette vivante mais au bout de longues heures d’interrogatoire il finit par avouer que Paul Maillet disait la vérité, il insista sur le fait qu’il l’avait trouvé la fillette juste avant cinq heures et demie du matin. Le lendemain, Gustave Dominici fut inculpé de non assistance à personne en danger. Si l’on considérait que le tueur est revenu sur les lieux pour achever la fillette, la thèse d’un voleur ou d’une personne extérieure de passage ne tenait plus. Il devait s’agir d’un local qui habitait non loin.

La suite des interrogatoires confirmèrent que la femme et la mère de Gustave Dominici était au courant que la fillette était encore en vie lorsqu’il l’a trouvé. Mais alors pour quelles raisons avaient-ils laissé une petite fille mourir sans faire appel à des secours ?

Le 13 novembre 1952 le procès pour non assistance à personne en danger de Gustave Dominici s’ouvrit au tribunal de Digne. A l’idée que Gustave Dominici ai pu laisser la fillette agoniser donna un sentiment de dégoût et d’horreur au public et au jury. Maître Pollak, avocat de Gustave Dominici qui avait indiqué qu’il pensait qu’il n’y avait plus rien à faire pour cette jeune fille, insista sur l’échec de la police pour trouver l’assassin et leur volonté de trouver un bouc émissaire. Le verdict tomba : Gustave Dominici fut reconnu coupable et condamné à deux mois de prison. Gustave Dominici avait déjà purgé la moitié de sa peine en détention préventive. La famille Dominici décida néanmoins de faire appel de cette décision. Un nouveau procès s’ouvrit le 15 décembre 1952 à Aix en Provence. Gustave Dominici avait déjà purgé sa peine et le jugement initial fut maintenu.

Pour la police l’affaire n’était pas achevée, le commissaire Edmond Sébeille savait que la famille Dominici cachait un secret… mais il lui faudra du temps pour découvrir une nouvelle piste.

Quelques mois plus tard, des tensions se faisaient sentir. Paul Maillet fut exclu de la section locale du parti communiste et Roger Perrin, le neveu de Gustave Dominici fit une révélation, il affirmait que Lady Drummond ne parlais pas français et que la fillette avait du faire office d’interprète. Ce qui était exacte, mais ce qui réfuta les versions selon lesquelles aucun membre de la famille Dominici n’avait adressé la parole aux Drummond. Autre fait inexpliqué, si Elizabeth avait tenté de fuir son agresseur pourquoi ne s’était elle pas dirigé en direction de la ferme pour trouver secours ?

En relisant les dépositions, Sébeille convoqua de nouveau Jean Ricard, un représentant de commerce marseillais qui était passé à pieds au matin du 5 août vers sept heures. Il avait aperçu une femme allongé au sol, à demi cachée par une couverture et un lit de camp tout proche, mais cela ne l’avait pas spécialement alerté sur le moment, il avait poursuivit son chemin sans prêter plus d’attention que cela a cette femme.

Le commissaire lui montra des photos de la scène de crime, et l’homme vit immédiatement que quelque chose n’allait pas, le corps de madame Drummond qui était parallèle à la voiture avait été déplacé pour se retrouver perpendiculairement. Un autre témoin confirma la version de Jean Ricard. Pourquoi avoir pris le risque de déplacer le corps en plein jour alors que la police était sensé arriver ?

Les soupçons se portèrent de nouveau sur Gaston Dominici, peut être était-il à la rechercher des douilles. Presqu’un an après, le 12 novembre 1953, les hommes de Sébeille firent une reconstitution.

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Clovis Dominici revint sur sa première déclaration, en déclarant que le corps pouvait en effet avoir été parallèle à la voiture lorsqu’il l’avait vu pour la première fois.

affaire dominiciGustave Dominici fut soumis à un interrogatoire qui dura trente heures. Il fit un récit différent de la nuit du meurtre. Il avoua avoir entendu des cris au moment des coups de feu, il admit s’être levé plus tôt qu’à l’habitude, vers quatre heures, afin de se rendre compte de se qu’il s’était passé. Il avoua aussi que les deux anglaises étaient bien passées à la ferme. Il avoua aussi avoir déplacé le corps mais simplement pour s’assurer qu’elle était bien morte. Gustave craqua sous la pression et éclata en sanglots. Il dit aux policiers qu’après avoir entendu les cris, il ne pouvait pas dormir et que quand il est descendu au rez-de-chaussée vers quatre heures, son père Gaston lui avoua avoir été provoqué par l’Anglais et les avoir tués. Il se confessa également à Clovis lequel fut convoqué au palais de justice pour confirmer ce récit.

Gaston Dominici fut conduit à Digne pour être de nouveau entendu. Il nia catégoriquement les faits. La journée, la nuit passèrent mais toujours rien. Il rugissait que ses fils étaient des poltrons.

Le jeune gardien de la paix qui le surveillait parlait le même dialecte que Gaston, ils se mirent à bavarder de tout et de rien, de la famille, des enfants, et Gaston éclata en sanglots en évoquant le sort de la petite Elizabeth. Sentant un moment de faiblesse, le commissaire de police de Digne, monsieur Prudhomme, fut appelé pour écouter le récit de Gaston Dominici. Quand le commissaire Sébeille arriva à son tour sur place, Gaston Dominici lui lança "Tu as gagné petit. Je vais te faire plaisir, c’est moi qui ai tué les Anglais".

Gaston Dominici repris l’histoire : il était allé inspecter le glissement de terrain suite aux arrosages intensifs, il avait emporté sa carabine au cas où il verrait un blaireau. En passant près du campement il s’était arrêté pour regarder la femme se déshabiller. Il s’était approché et alors qu’il allait la toucher, le mari s’énerva contre lui. Les deux hommes s’étaient alors empoignés, un coup de feu était parti touchant le mari à la main. Alors qu’il essayait de fuir, il tire a deux reprises avant de se tourner vers la femme et de tirer. Il affirme avoir tiré sur la fillette également mais l’ayant loupé il l’a poursuivie jusqu’à la rivière où il lui a donné de violent coups avec sa crosse qui, sous le choc, se brisa. Après avoir achevé l’enfant il s’était lavé les mains pour enlever le sang, jeta l’arme dans la rivière et rentra se coucher. Ses aveux étaient inespérés après tant d’investigations vaines, mais le récit laissait toujours le commissaire Sébeille incrédule sur certains points. Les détails du récit de sa rencontre avec les touristes paraissaient peu probables vu que Lady Drummond ne parlait pas français. Le nombre de coups de feu, l’heure du crime ne collait pas non plus. Et puis pourquoi aurait-il pris une arme qu’il ne maitrisait pas pour tuer des hypothétiques blaireaux ? Pour Sébeille le meurtre a été prémédité, une dispute avait bien dû se dérouler, mais le meurtre n’était intervenu que bien plus tard.

Le juge d’instruction, Roger Périès qui partageait les doutes du commissaire, ordonna une nouvelle reconstitution. Lors de celle-ci, les policiers rejouèrent la fuite de la fillette quand Gaston Dominici se mit à courir également. Les policiers réalisèrent soudain qu’il n’était pas en train de rejouait la scène mais de se diriger vers le parapet pour se jeter en contrebas de la voie ferrée. Pour le juge, cette tentative de suicide était le signe d’une culpabilité, et il l’inculpa pour le triple meurtre des Drummond.

De plus Gaston Dominici avait fait son service militaire en 1898, les armes automatiques n’existaient pas… ce qui pourrait expliquer qu'il ait rechargé l'arme après chaque coup.

Quelques jours plus tard, Gustave Dominici retira les accusations portées contre son père invoquant la brutalité des policiers pour obtenir des aveux, Gaston Dominici retira ses aveux à son tour. Seul Clovis Dominici avait la même déclaration d’une fois à l’autre. Les déclarations de Gustave et de Gaston ne cessaient de changer. La date du procès était fixée au 17 novembre 1954 et la police n’avait plus aucun aveu du principal accusé et surtout aucune preuve formelle, uniquement des doutes et beaucoup de questions en suspens.

Le procès s’ouvrit sous la présidence de Marcel Bousquet, Conseiller à la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

Gaston Dominici s’en tient à ses déclarations initiales. A savoir qu’il a bien entendu les coups de feu mais qu’il a pensé qu’il s’agissait de braconniers. Qu’il s’était levé comme à son habitude pour emmener les chèvres au pâturage, et n’avait appris le drame qu’à son retour. Qu’il a subits ensuite des pressions policière pour avouer une autre version de l’histoire.

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Les médecins légistes apportent ensuite plusieurs thèses concernant le déroulement des faits. Le Docteur Dragon insista sur le fait que c’était le second coup à la tête qui avait été fatal à la fillette, et que la thèse de sa fuite ne tenais pas la route étant donné qu’elle ne présentait aucune trace sur ses pieds nus. Il situait la mort de la fillette, deux à trois heures après celle des parents. La question que l’assistance se posait c’était de savoir si Gustave Dominici, ayant appris de son père ce qui s’était passé, aurait-il pu achever Elizabeth en la trouvant à demi consciente pour couvrir les crimes de son père ? Ce qui corroborerait la version de Paul Maillet, selon laquelle Gustave aurait trouvé la petite encore vivante.

Le docteur Jouve, chirurgien de Digne, qui n’a pas examiner les corps mais qui a vu des patients atteints de blessures comparables survivre plusieurs heures indique qu’il n’est pas impossible que les deux coups à la tête ait été fait au même moment et que la fillette ai agonisé pendant plusieurs heures avant de mourir. Le docteur Nalin déclara son tour que la rigidité cadavérique intervenait plus lentement chez l’enfant, et qu’il était tout à fait possible que les parents et la fillette aient été tué à la même heure.

affaire dominiciLes époux Marrian, couple qui avait accueilli la famille Drummond lors de leur séjours en France, évoquèrent un épisode qui se déroula le jour des obsèques de leurs amis.

Monsieur Dominici leur avait montré les endroits où Elizabeth et ses parents étaient morts puis leur avait tendu le bras comme pour attendre un pourboire. Ces déclarations choquèrent l’assistance. Gaston Dominici bondit et brandit le poing et les traita de menteurs. Ce qui tendait à prouver au jury qu’il avait un caractère violent et qu’il pouvait passer d’un état à un autre en quelques secondes.

Les gendarmes ainsi que divers témoins présents dans les environs de la scène du crime le 5 août 1952 furent entendus. Cela mis en exergue les mensonges accumulés par Gustave Dominici pendant son propre procès. Le 20 novembre, Roger Perrin, petit fils de Gaston Dominici fut appelé à la barre. Son récit de la visite des Drummond à la Grand’Terre était essentiel, mais à force de mensonges il parvint à égarer tout le monde, tant et si bien que d’autres questions surgirent. A savoir si lui-même avait passé la nuit à la ferme et s’il pouvait donc avoir commis ce meurtre?

Gaston Dominici laissa entendre que Roger Perrin pouvait bien être le meurtrier et que Gustave et Clovis n’avaient accusé leur père que pour couvrir leur neveu. Les querelles familiales et règlement de compte ne facilitait pas la compréhension de cette affaire. Gaston Dominici déclara que Clovis avait conspiré avec Gustave contre lui. Deux autres enfants de Gaston, déclarèrent que Clovis avait accusé son père suite à de vieille rancœur mais qu’en réalité il soupçonnait Paul Maillet. Les accusations réciproques et les insultes fusaient, l’impression générale qui en ressortait c’était que dans la famille Dominici on mentait sans cesse et sans vergogne. Il était difficile de tirer le vrai du faux.

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Le 28 novembre 1954, pendant deux heures le jury se retira pour délibérer. Gaston Dominici fut reconnu coupable du triple meurtre et condamné à mort. Malgré le soulagement de la famille de la victime et des policiers après ces longs mois d'investigation, trop de zones d’ombre demeuraient dans ce dossier et laissaient un sentiment d’inachevé.

Les journaux pensaient que Gaston Dominici n’était pas l’unique responsable de cette atroce tuerie. Les défenseurs de Gaston Dominici demandèrent une révision du procès. Gaston donna une version de l’histoire toute autre, il aurait entendu les coups de feu depuis son lit, serait descendu et aurait vu Gustave dominici et son neveu Roger Perrin traverser le champ de Luzerne en provenance de l’endroit où les touristes anglais s’était installés.

Le 8 août il affirme avoir entendu une conversation entre Yvette et Gustave, lesquelles disaient que Roger avait porté la fillette à l’endroit où on l’avait retrouvée.

Charles Chenevier, policier parisien fut chargé d’enquêter mais on portait désormais peu de crédit aux récits faits par les membres de la famille Dominici après tant de versions différentes. En novembre 1956 il referma le dossier.

En 1957, la sentence capitale fut prononcée à son encontre commuée en peine de prison à perpétuité. Il purgea sa peine à la prison des Baumettes à Marseille. Le 15 juillet 1960 Gaston Dominici bénéficia d’une grâce présidentielle du Général de Gaulle et fut libéré. Il alla vivre avec ses filles Augusta et Clotilde avant d’entrer à l’hospice de Digne en 1962 date à laquelle il confie à la femme de Gustave la vente de la Grand'Terre.

Gaston Dominici est mort le 4 avril 1964. Clovis Dominici meurt d’un cancer en 1959. Yvette et Gustave Dominici divorcent en 1967. La Grand’Terre fut vendu pour 40.000 francs et transformée en auberge restaurant rebaptisée "La Montagnière" avant de finir à l'abandon. Le journal britannique Sunday Express a publié un article dans lequel il révéle que Scotland Yard avait dans ses archives l’agenda de Monsieur Drummond en partie brûlé sur lequel était indiqué un rendez-vous à Lurs à 18 heures. Il faisait également état de la disparition de l’appareil photo de marque Retina de la famille Drummond. La revue Historia (numéro 51 page 100) mentionne une arrestation le 9 août 1952 par la police allemande d’un certain Wilhelm Bartowski. Il aurait avoué le meurtre des Drummond avec trois complices : Moradis, Solet et Moesto. Il dénonçait un complot contre l’agent britannique mais la thèse de tueurs à gages étant donné l’arme retrouvée sur place n’est pas très crédible…

Alain Dominici, le petit fils de Gaston réclame la révision du procès mais pour l’instant la justice la lui refuse. L’affaire Dominici n’a toujours pas été élucidée. De nombreuses questions subsistent et si Gaston Dominici a été reconnu coupable, aucune preuve formelle n’a prouvée sa culpabilité.

 

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