john haigh

 

John George Haigh est né le 24 juillet 1909 dans le Lincolnshire à Stamford, en Grande Bretagne. C’est dans un milieu fondamentaliste chrétien (la confrérie de Plymouth) qu’il grandit. Ni télé, ni radio, ni journaux n’avaient leur place dans la maison familiale.

John George Haigh passa son enfance dans le Yorkshire où son père était contremaître. Enfant solitaire et paresseux, sa vie sociale en dehors de l’école était inexistante. Son père lui disait souvent que s’il pêchait il serait puni par Satan, mais John George Haigh se rendit rapidement compte que ses mensonges ne lui valurent aucune sanction satanique.

Intéressé par les sciences, et la musique (le piano), John George Haigh pris également goût à la duperie. Il quitta l’école à 17 ans pour un petit emploi mais très vite il se mit à mal tourner : vol de voiture, souscription de crédit à de fausses identités…

En 1934, John George Haigh épousa Béatrice Hammer, ancien mannequin et serveuse. 4 mois plus tard il fut condamné à 15 mois de prison pour escroquerie. Ils ne devaient plus jamais se revoir.

beatrice hamer

Béatrice Hammer

 

En septembre 1943, libéré de sa troisième condamnation, John George Haigh obtint un emploi de représentant de commerce pour une entreprise d’objets fantaisies basée à Crawley dans le Sussex. Durant l’été 1944, John George Haigh partit à Londres où il y loua une chambre meublée et créa une entreprise appelée "Union Group Engineering". Peu après il retrouva Willam Mc Swan, un de ses précédant employeur, avec qui il avait travaillé en 1936 pour gérer une salle de jeux londonienne.

durand deaconLe vendredi 18 février 1949, Mrs Henrietta Helen Olivia Robarts Durand-Deacon se volatilisa. Il s’agissait d’une veuve fortunée de 69 ans vivant à l’Hôtel Onslow Court dans le quartier de Kensington. Son amie Constance Lane s’inquiéta immédiatement. Un homme qui séjournait également à l’hôtel, du nom de John George Haigh, lui fit remarquer que son amie ne s’était pas rendue la veille à un rendez vous qu’il lui aurait donné au sujet de la commercialisation de faux ongles.

Le 20 février, John George Haigh parla une nouvelle fois à Constance Lane pour savoir si elle avait eut des nouvelles. Celle-ci lui apprit qu’elle comptait se rendre au poste de police. John George Haigh lui proposa de l’accompagner. Il mentionna à la police le rendez vous que Mrs Durand-Deacon n’avait pas honoré et se dit prêt à collaborer pour aider la police dans son enquête, ce qui éveilla les soupçons de la police à son encontre. Le lendemain la police retourna à l’hôtel interroger John George Haigh, ce qui ne leur apprit rien de plus. 3 jours plus tard, le jeudi 24 février, la police revint à la charge avec une nouvelle audition, sa déposition ne varia pas d’un pouce mais l’inspectrice Alexandra Lambourne avait l’intime conviction que cet homme était faux. Un sentiment partagé par l’ensemble de l’équipe de police.

Une enquête sur les antécédents de John George Haigh fut ordonnée, ce qui fit ressortir ses trois condamnations pour escroquerie et vol, ainsi que de lourdes dettes. Il se prétendait directeur de Hurstlea Products, société de construction mécanique. Le 22 février les inspecteurs se rendirent sur place. Mr Jones propriétaire des lieux, leur confirma que Haigh était bien son associé depuis plusieurs années mais qu’il n’était en aucun cas le directeur.

L’entrepôt fut fouillé mais rien ne paru suspect. Toujours persuadé que John George Haigh était louche, l’inspecteur Haigh retourna interroger Mr Jones le 26 février pour savoir s’il y avait d’autres locaux. Mr Jones mentionna alors son entrepôt de Giles Yard, et les travaux "expérimentaux" de Haigh.

john haigh john haigh

Arrivés sur place, bien que tout paraissait normal, ils y trouvèrent : un tablier et des gants de caoutchouc, une pompe à main portative, un masque à gaz et de grosses barriques rongées par la corrosion que l’on utilisait habituellement pour stocker des substances chimiques. Plus loin une mallette en cuir de qualité et une boite à chapeau ne semblant pas trouver leur place dans ce lieu. A l’intérieur des carnets de rationnement, des passeports, permis de conduire, certificat de mariage, agenda, un revolver et des balles.

john haigh

Le 28 février 1949, les bijoux de Mrs Durand-Deacon furent retrouvés dans le Sussex dans une boutique. La description qu’il fit du vendeur correspondait parfaitement au profil de John Haigh. L’inspecteur Albert Webb interpella Haigh à l’hôtel pour l’emmener une nouvelle fois au poste de police. Le policier Symes lui mentionna leur découverte de l’arme, du manteau et des bijoux de Mrs Durand-Deacon.

Bien que parfaitement calme et serein, John Haigh avoua que le manteau était bien celui de Mrs Durand-Deacon et qu’il avait vendu ses bijoux pour 200 livres sterling et 10 livres pour la montre et qu’il avait remboursé Mr jones de 36 livres qu’il lui devait. Ce qui souleva des interrogations sur la façon dont il se les était procurés.

Persuadé que sans corps il ne pouvait en aucun cas être inculpé de meurtre, il avoua que Mrs Durand-Deacon n’existait plus. Qu’il l’avait détruite avec de l’acide. Cela paraissait tellement dingue que les policiers n’imaginaient pas que ce récit puisse être vrai. L’inspecteur pris la déposition de John Haigh pendant plus de deux heures et demie. Très posément il expliqua qu’il lui avait tiré une balle dans la tête par derrière alors qu’elle regardait du matériel pour son affaire de faux ongles. Qu’il avait ensuite puis un verre dans sa voiture, tranché la gorge de Mrs Durand-Deacon et bu son sang ? Puis récupéré le manteau et les bijoux avant de mettre le corps dans un fût. C’est alors qu’à l’aide d’une pompe à main, il a envoyé l’acide sulfurique dans le fût pour que la réaction de décomposition opère. John Haigh ajouta qu’entre le moment où il l’a mise dans le fût et où il a versé l’acide, il est allé siroter une tasse de thé dans un lieu public. Après avoir caché le revolver dans le carton à chapeau, et les bijoux dans sa voiture, il alla au restaurant de l’hôtel George puis rentra à son hôtel. Le lundi 21 février 1949 il était retourné voir si la réaction chimique avait fait son œuvre : seuls un morceau de graisse et un fragment d’os flottait encore. John Haigh vida la boue avec un seau pour rajouter de l’acide dans le fût. Le mardi la décomposition était totale. Pourtant l’histoire était loin d’en être à sa conclusion…

Emporté par son récit John Haigh, le 1er mars 1949, confessa 5 meurtres supplémentaires : celui de William McSwan le 9 septembre 1944, un an plus tard il fracassa le crâne de ses parents, Donald et Amy Mc Swan qu’il attira au même endroit, dans l’entresol du 79 Gloucester Road, non loin de l’hôtel Onslow Court dans le seul but d’obtenir la procuration lui permettant de gérer le patrimoine de ses victimes dont il imita la signature. Et enfin il tua le Dr Archibald Henderson et sa femme Rosalie rencontré dans le cadre d’une vente d’une de leurs propriétés.

amy mcswan william mcswan

Amy et Donald Mc Swan

archibald henderson rosalie henderson

Archibald et Rosalie Henderson

 

Sa façon de procédée était la même, John Haigh avait détruit les corps avec de l’acide après avoir bu un verre de leur sang. L’affaire fut médiatisée, et John Haigh s’attira la colère des manifestants. Selon eux les meurtres pouvaient être l’œuvre d’un dément mais pas ses escroqueries.

article presse haigh article presse haigh

John Haigh fut transféré à la prison de Lewes dans le Sussex. Le 4 mars 1949, il demanda à voir l’inspecteur Webb pour lui parler de 3 meurtres supplémentaires portant à 9 le nombre de ses victimes.

Le Daily Mirror promulgua des détails sur l’affaire avec la mise en relation dans la même édition d’un article sur l’incarcération de John Haigh et un autre article sur les aveux d’un vampire assassin.

article presse haigh

Ce qui était à l’époque totalement interdit pour ne pas influencer l’opinion publique et le verdict final du procès qui n’avait pas encore débuté. Silvester Bolam, rédacteur en chef du Daily Mirror fut condamné le 25 mars à trois mois de prison et son journal à 10.000 livres sterling d’amende. La police concentra ses efforts sur le meurtre de Mrs Durand-Deacon, pour sensibiliser encore plus l’opinion publique pour l’assassinat d’une vieille dame. En inspectant l’entrepôt et l’endroit où John Haigh avait vidé la boue, le médecin légiste Simpson trouva un calcul biliaire de la taille d’une cerise qui prouvait la présence d’un corps humain. Il y avait également des restes du pied gauche que le légiste rassembla au microscope et en fit un moulage, lequel se révélera plus tard correspondre aux chaussures de Mrs Durand-Deacon. La boue contenait au total 18 fragments osseux dont des traces d’os pelviens et deux disques vertébraux. John Haigh avait vraisemblablement sous estimé la durée de dissolution de certains matériaux notamment la résine acrylique du dentier de Mrs Durand-Deacon et un bouchon de rouge à lèvres.

john haigh john haigh

En mars 1949, Stafford Somerfield, journaliste du News of the World prit contact avec John Haigh. Il ne pouvait financer sa défense, aussi le journaliste lui proposa de payer ses frais en échange du droit exclusif de publier sa biographie. John Haigh accepta et rédigea 72 feuillets relatant sa vie, depuis son enfance jusqu’aux faits qui lui étaient reprochés.

Plusieurs personnes rencontrèrent John Haigh en prison et pensaient que ces histoires de vampirisme n’avaient pour but que d’être envoyé à Broadmoor, prison pour les détenus condamné pour démence et d’où il pensait pouvoir sortir rapidement. Toujours très confiant, même après l’accumulation de preuves matérielles à son encontre, John Haigh se renseigna auprès d’un autre détenu ayant séjourné la bas pour connaitre avec exactitude les symptômes de l’aliénation mentale. Sa stratégie se mettait en place : clamer son vampirisme, boire sa propre urine en prison, se comparer à Hitler et à Confucius pendant que l’étau se resserre sur lui pour paraître fou.

Pour sa défense : David Maxwell Fyfe, ancien procureur au procès de Nuremberg. Le procès s’ouvrit le 18 juillet 1949 aux assises de Lewes. John Haigh plaida non coupable en affichant tout au long du procès un sourire déconcertant et une décontraction troublante allant jusqu’à faire des mots croisés durant les audiences.

henry yellowleePendant le procès, le Dr Henry Yellowlees déclara que John Haigh souffrait de paranoïa mais il ne put convaincre le jury de son irresponsabilité puisque selon lui John Haigh était conscient que ces actes était punissables par la loi et donc mal. Il indiqua également qu’il y avait chez John Haigh une totale absence d’activité ou d’intérêt d’ordre sexuel, ce qui était en soi chose anormale. Le complexe de Macbeth fut évoqué, John Haigh se lavait constamment les mains comme pour se libérer de toute culpabilité et avait une grande maniaquerie vestimentaire. Un psychiatre de l’époque écrivit : "Peut être que Haigh avait-il entrepris de feindre la démence, sans savoir qu’il était déjà fou". Le 19 juillet 1949, après 15 minutes de délibération le jury déclare John Haigh coupable. Il est condamné à mort et exécuté par pendaison. A l’annonce du verdict, John Haigh restait impassible, on lui demanda s’il souhaitait ajouter quelque chose, à quoi il répondit : "rien du tout".

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Transféré à la prison de Wandsworth au Sud de Londres, sous le matricule 7663, on en apprit pas davantage sur les 3 meurtres supplémentaires qu’il s’attribuait. John Haigh envoi un courrier de remerciement au Dr Yellowlees lui indiquant que tout au long de l’histoire tous les grands hommes (il cite Confucius, Hitler, Jésus Christ, Jules César, Napoléon…) ont été considéré comme bizarre, comme si lui aussi venait de rentrer dans l’histoire. Dans ses lettres et discussion jamais il n’évoqua le moindre remords ou honte. Il fit don des ses vêtements au musée de cire "Madame Tussaud" afin de passer à la postérité dans la chambre des horreurs. Le 29 juillet 1949 John Haigh confirme qu’il ne ferait pas appel de la décision de justice. C’est un grand sourire aux lèvres que John Haigh fut exécuté le 10 août 1949 à 9h du matin.

 

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