charles baudelaire - Les fleurs du mal

 

Charles Baudelaire, né le 9 avril 1821 à Paris et mort le 31 août 1867, à l'âge de 46 ans, est un poète français.

Il occupe une place considérable parmi les poètes français pour un recueil qu'il aura façonné sa vie durant : Les Fleurs du mal, publié le 25 juin 1857 et réédité en 1861 et 1868.

L'œuvre exerça une influence considérable sur Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé ou encore Arthur Rimbaud.

Le 7 juillet 1857, la direction de la Sûreté publique saisit le parquet pour "outrage à la morale publique" et pour "outrage à la morale religieuse". Charles Baudelaire et ses éditeurs sont condamnés à payer une d’amende et à la suppression de six pièces (sur les cent que compte le recueil), pour délit d’outrage à la morale publique.

Au cœur des débats sur la fonction de la littérature de son époque, Charles Baudelaire détache la poésie de la morale, la proclame tout entière destinée au Beau et non à la Vérité.

Comme le suggère le titre de son recueil, il a tenté de tisser des liens entre le mal et la beauté, le bonheur fugitif et l'idéal inaccessible, la violence et la volupté mais aussi entre le poète et son lecteur.

Outre des poèmes graves ou scandaleux, Charles Baudelaire a exprimé la mélancolie, l'horreur et l'envie d'ailleurs à travers l'exotisme.

L'œuvre a changé plusieurs fois de nom :  "Les Lesbiennes" en 1845 en référence à Sapho, poétesse grecque qui enseignait les arts à des jeunes filles sur l'île de Lesbos, dans la mer Egée.

"Les Limbes" en 1848 en référence au lieu où errent les âmes innocentes des morts qui n'ont pas reçu le sacrement du baptême.

Et enfin "Les Fleurs du mal" en référence à quatre types de mal existant : le mal social (être déchu), le mal moral (goût pour le crime et le sadisme), le mal physique et enfin le mal métaphysique (âme tourmentée car il ne croit pas en Dieu).

 

Dédicace

Au poète impeccable
Au parfait magicien ès lettres françaises 
A mon très cher et très vénéré 
Maître et ami 
Théophile Gautier 
Avec les sentiments de la plus profonde humilité 
Je dédie 
Ces fleurs maladives  

 

Au lecteur

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine, 
Occupent nos esprits et travaillent nos corps, 
Et nous alimentons nos aimables remords, 
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.   

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ; 
Nous nous faisons payer grassement nos aveux, 
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, 
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.   

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste 
Qui berce longuement notre esprit enchanté, 
Et le riche métal de notre volonté 
Est tout vaporisé par ce savant chimiste. 

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent. 
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ; 
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas, 
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d’une antique catin, 
Nous volons au passage un plaisir clandestin 
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. 

Serré, fourmillant comme un million d’helminthes, 
Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons,
Et quand nous respirons, la Mort dans nos poumons 
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie, 
N’ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins 
Le canevas banal de nos piteux destins, 
C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie. 

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, 
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, 
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, 
Dans la ménagerie infâme de nos vices,  

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! 
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris, 
Il ferait volontiers de la terre un débris 
Et dans un bâillement avalerait le monde.

C’est l’Ennui ! ‐ L’œil chargé d’un pleur involontaire, 
Il rêve d’échafauds en fumant son houka. 
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, 
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère !

charles baudelaire

 

 

 

Sommaire    

 

Spleen et idéal


I. Bénédiction
II. L'albatros
III. Elévation
IV. Correspondances
V. J'aime le souvenir de ces époques nues
VI. Les phares
VII. La muse malade
VIII. La muse vénale
IX. Le mauvais moine
X. L'ennemi
XI. Le guignon
XII. La vie antérieure
XIII. Bohémiens en Voyage
XIV. L'homme et la mer
XV. Don Juan aux enfers
XVI. Châtiment de l'orgueil
XVII. La beauté
XVIII. L'idéal
XIX. La géante
XX. Le masque
XXI. Hymne à la beauté
XXII. Parfum exotique
XXIII. La chevelure
XXIV. Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne
XXV. Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle
XXVI. Sed non satiata
XXVII. Avec ses vêtements ondoyants et nacrés
XXVIII. Le serpent qui danse
XXIX. Une charogne
XXX. De profundis clamavi
XXXI. Le vampire
XXXII. Une nuit que j'étais près d'une affreuse Juive
XXXIII. Remords posthume
XXXIV. Le chat
XXXV. Duellum
XXXVI. Le balcon
XXXVII. Le possédé
XXXVIII. Un fantôme
XXXIX. Je te donne ces vers afin que si mon nom
XL. Semper eadem
XLI. Toute entière
XLII. Que diras‐tu ce soir, pauvre âme solitaire
XLIII. Le flambeau vivant
XLIV. Réversibilité
XLV. Confession
XLVI. L'aube spirituelle
XLVII. Harmonie du soir
XLVIII. Le flacon
XLVIX. Le poison
L. Ciel brouillé
LI. Le chat
LII. Le beau navire
LIII. L'initiation au voyage
LIV. L'irréparable
LV. Causerie
LVI. Chant d'automne
LVII. A une madone
LVIII. Chanson d'après‐midi
LIX. Sisina
LX. Franciscae meae laudes
LXI. A une dame créole
LXII. Moesta et errabunda
LXIII. Le revenant
LXIV. Sonnet d'automne
LXV.Tristesse de la lune
LXVI. Les chats
LXVII. Les hiboux
LXVIII. La pipe
LXIX. La musique
LXX. Sépulture d'un poète maudit
LXXI. Une Gravure fantastique
LXXII. Le Mort joyeux
LXXIII. Le Tonneau de la haine
LXXIV. La Cloche fêlée
LXXV. Spleen
LXXVI. Spleen
LXXVII. Spleen
LXXVIII. Spleen
LXXIX. Obsession
LXXX. Le goût du néant
LXXXI. Alchimie de la douleur
LXXXII. Horreur sympathique
LXXXIII. L'Héautontimorouménos
LXXXIV. L'irrémédiable
LXXXV. L'Horloge


Tableaux Parisiens 


 

LXXXVI. Paysage
LXXXVII. Le soleil
LXXXVIII. A une mendiante rousse
LXXXIX. Le cygne
XC.Les sept vieillards
XCI. Les petites vieilles
XCII. Les aveugles
XCIII. A une passante
XCIV. Le squelette laboureur
XCV. Le crépuscule du soir
XCVI. Le jeu
XCVII. Danse macabre
XCVIII. L'amour du mensonge
XCIX. Je n'ai pas oublié, voisine de la ville
C. La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse
CI. Brumes et pluies
CII. Rêve parisien
CIII. Le crépuscule du matin

 

Le vin


 

CIV. L'âme du vin
CV. Le vin des chiffoniers
CVI. Le vin de l'assassin
CVII. Le vin du solitaire
CVIII. Le vin des amants

 

Fleurs du mal


CIX. La destruction
CX. Une martyre
CXI. Femmes damnées
CXII. Les deux bonnes sœurs
CXIII. La fontaine de sang
CXIV. Allégorie
CXV. La Béatrice
CXVI. Un grand voyage à Cythère
CXVII. L'amour et le crâne

 

Révolte


 

CXVIII. Le reniement de Saint Pierre
CXIX. Abel et Caïn
CXX. Les litanies de Satan

 

La mort


 

CXXI. La mort des amants
CXII. La mort des pauvres
CXIII. La mort des artistes
CXIV. La fin de la journée
CXV. Le rêve d'un curieux
CXVI. Le voyage


Les nouvelles fleurs du Mal (1868)


Recueillement
Les plaintes d'un Icare
Le gouffre
Bien loin d'ici
Le rebelle
L'avertisseur
Madrigal triste
L'examen de minuit
Le couvercle

 

Les épaves 


Galanterie
Le Monstre ou Le Paranymphe d'une nymphe macabre
Les promesses d'un visage
Le jet d'eau
Les yeux de Berthe
Hymne

Epigraphes

Sur le Tasse en prison d'Eugène Delacroix
Lola de Valence
Vers pour le portrait de M. Honoré Daumier


Pièces diverses

La voix
A une Malabaraise
L'imprévu
Le Coucher de soleil romantique

Pièces interdites lors de la première publication

Les métamorphoses d'un Vampire
Femmes damnées
Lesbos
A celle qui est trop gaie
Les léthé
Les bijoux

 

 

Pin It